Une fable, c'est une histoire qui vise à instruire le lecteur tout en le distrayant. Celle qui va suivre est assez similaire à celle du Loup, la Chèvre et le Chevreau que vous avez peut être écouté ici la semaine dernière.
Ici, un loup affamé guette devant la maison isolée d’un villageois, espérant profiter des animaux qui en sortent. Il entend une mère menacer son enfant de le donner au loup s’il ne se tait pas.
Le loup se réjouit, croyant tenir sa proie, mais la mère, pour calmer son enfant, ajoute : « S’il vient, nous le tuerons. » Furieux de ces contradictions, le loup s’indigne : « Me prend-on pour un sot ? »
À ce moment, des villageois sortent, armés de chiens et de fourches. Le loup, capturé, raconte son histoire. La mère, ironique, lui répond : « Tu mangeras mon fils ? L’ai-je fait à dessein qu’il assouvisse ta faim ? » Le loup est tué, et sa tête est exposée à l’entrée du village avec une inscription écrite en picard. Pourquoi en picard ? Rappelons que Lafontaine est né à Chateau-Thierry, en plein cœur de la Picardie. Il glisse certainement un clin d'œil à ses origines.
Comme je vais probablement écorcher la prononciation, je la transcris ici en français : « Beaux chers loups, n’écoutez pas une Mère tenant son fils qui crie. »
La fable met donc en garde contre la crédulité et l’impulsivité. Le loup, trop confiant, prend au pied de la lettre les menaces d’une mère envers son enfant, sans comprendre qu’il s’agit d’une simple figure de style. La morale souligne qu’il ne faut pas se fier aux apparences ou aux paroles prononcées sous le coup de la colère, surtout quand elles viennent de ceux qui protègent leurs proches.
Le Loup, la Mère et l'Enfant
Ce Loup me remet en mémoire
Un de ses compagnons qui fut encor mieux pris
Il y périt; voici l’histoire.
Un Villageois avait à l’écart son logis.
Messer Loup attendait chape-chute à la porte.
"Il avait vu sortir gibier de toute sorte
Veaux de lait, Agneaux et Brebis,
Régiments de Dindons, enfin bonne provende.
Le Larron commençait pourtant à s’ennuyer.
Il entend un Enfant crier.
La Mère aussitôt le gourmande,
Le menace, s’il ne se tait,
De le donner au Loup. L’Animal se tient prêt,
Remerciant les Dieux d’une telle aventure,
Quand la Mère, apaisant sa chère Géniture,
Lui dit : Ne criez point; s’il vient, nous le tuerons.
Qu’est ceci? s’écria le mangeur de Moutons.
Dire d’un, puis d’un autre? Est-ce ainsi que l’on traite
Les gens faits comme moi? Me prend-on pour un sot?
Que quelque jour ce beau Marmot
Vienne au bois cueillir la noisette!
Comme il disait ces mots, on sort de la maison.
Un Chien de cour l’arrête. Epieux et fourches-fières
L’ajustent de toutes manières.
Que veniez-vous chercher en ce lieu? lui dit-on.
Aussitôt il conta l’affaire.
Merci de moi, lui dit la Mère,
Tu mangeras mon Fils! L’ai-je fait à dessein
Qu’il assouvisse un jour ta faim?
On assomma la pauvre Bête.
Un Manant lui coupa le pied droit et la tête
Le Seigneur du village à sa porte les mit,
Et ce dicton picard à l’entour fut écrit
Biaux chires Leups, n ‘écoutez mie
Mère tenchent chen fieux qui crie.



