Une fable, c'est une histoire courte qui vise à instruire le lecteur tout en le distrayant. Dans celle qui va suivre, un pot de fer propose à un pot de terre de voyager avec lui. Le pot de terre refuse d'abord, conscient de sa fragilité, mais le pot de fer le rassure en promettant de le protéger. Ils partent donc ensemble, mais les secousses du voyage les font s'entrechoquer et, très vite, le pot de terre est brisé par son robuste compagnon.
Les deux pots représentent des personnes de forces très inégales : le pot de fer symbolise le puissant, le fort; le pot de terre symbolise le faible, le fragile. Dans mon esprit, j'ai longtemps cru que ces 2 pots étaient dans une confrontation. Or ce n'est pas le cas, ils sont associés. Cependant, si le pot de fer est bien intentionné, sa seule proximité constitue un danger pour le pot de terre. La Fontaine montre ainsi qu'une relation entre individus trop inégaux tourne souvent au détriment du plus faible.
Le fabuliste veut ici démontrer qu'il faut se méfier des alliances ou des amitiés entre personnes dont la puissance, la richesse ou la position sociale sont très différentes. Le plus faible risque toujours d'en subir les conséquences, même sans mauvaise intention de la part du plus fort. L'égalité est souvent nécessaire pour qu'une relation soit équilibrée et sans danger.
La Fontaine ne dit pas qu'il est impossible d'être ami avec quelqu'un de plus puissant ou plus riche, mais il montre que lorsque l'écart est trop grand, le plus faible risque de devenir dépendant du plus fort ou être exposé à des risques qu'il ne maîtrise pas. Même sans mauvaise intention, le puissant peut imposer sa volonté, prendre plus de place ou causer du tort au plus faible, comme le pot de fer brise le pot de terre simplement en le heurtant.
Aujourd'hui, c'est une voix bien connue des ondes de Plum FM qui va nous lire la fable. Mathieu, nous t'écoutons :
Le pot de terre et le pot de fer
Le Pot de fer proposa
Au Pot de terre un voyage.
Celui-ci s'en excusa,
Disant qu'il ferait que sage
De garder le coin du feu ;
Car il lui fallait si peu,
Si peu, que la moindre chose
De son débris serait cause.
Il n'en reviendrait morceau.
Pour vous, dit-il, dont la peau
Est plus dure que la mienne,
Je ne vois rien qui vous tienne.
Nous vous mettrons à couvert,
Repartit le Pot de fer.
Si quelque matière dure
Vous menace d'aventure,
Entre deux je passerai,
Et du coup vous sauverai.
Cette offre le persuade.
Pot de fer son camarade
Se met droit à ses côtés.
Mes gens s'en vont à trois pieds,
Clopin-clopant comme ils peuvent,
L'un contre l'autre jetés,
Au moindre hoquet qu'ils treuvent.Le pot de terre e
n souffre ; il n'eut pas fait cent pas
Sans qu'il eût lieu de se plaindre.
Ne nous associons qu'avecque nos égaux ;
Ou bien il nous faudra craindre
Le destin d'un de ces Pots.



