La fontaine à fables - Gant Plum'FM
5 mn 8 sec 06 Mae 2026
Une fable c'est une histoire courte qui enseigne quelque chose au lecteur tout en le distrayant. Ici, la fable est un peu plus longue que d'habitude et reprend un thème classique de la litterrature antique et médiévale.
La renommée annonce qu'Alexandre, considéré comme un fils de Jupiter, exige que tous les peuples, animaux et créatures, lui rendent hommage et tribut. Ce qu'on comme ici "renommée" désigne une figure mythologique souvent représentée comme un divinité aux multiples bouches et aux ailes capables de répandre les nouvelles et les rumeurs dans le monde, en un instant. Lafontaine utilise un personnage mythologique un peu oblié qui représentrait assez bien ce qu'on appelle aujourd'hui les fake news, capables de manipuler les masses et de servir les intérêts de certains.
Effrayés par ces informations, les animaux se réunissent et décident d'envoyer un ambassadeur, le singe, avec un tribut en or empruntés à un prince. Pour porter ce trésor, le mulet, l'âne, le cheval et le chameau se proposent. En chemin, ils rencontrent le lion qui se joint à eux en prétextant qu'il pourrait les défendre.
Arrivés dans un pré, le lion feint la maladie et demande à voir l'or q'uil s'approprie en prétendant que ses pièces ont produit des petits et que le surplus lui revient. Les animaux impuissants repartent bredouilles. Ils se plaignent à Alexandre mais celui-ci ne peut rien faire. "Lion contre lion" c'est à dire que les puissants ne s'attaquent pas entre eux.
La fable illustre la loi du plus fort et la complicité des puissants. Ceux qui détiennent le pouvoir, symbolisé par le lion et Alexandre, s'entendent pour exploiter les plus faibles sans que ces derniers ne puissent obtenir justice. La morale peut se résumer ainsi : quand les puissants s'allient, les faibles n'ont ni recours ni raison. Cette fable rappelle que la ruse et la force l'emportent souvent sur la justice et que les alliances entre puissants servent à perpéter leur domination. Je vous laisse juger de l'actualité de ce conte.
Tribut envoyé par les animaux à Alexandre
Une fable avait cours parmi l'Antiquité,
Et la raison ne m'en est pas connue.
Que le lecteur en tire une moralité :
Voici la fable toute nue.
La Renommée ayant dit en cent lieux
Qu'un fils de Jupiter, un certain Alexandre,
Ne voulant rien laisser de libre sous les cieux,
Commandait que sans plus attendre,
Tout peuple à ses pieds s'allât rendre,
Quadrupèdes, Humains, Eléphants, Vermisseaux,
Les Républiques des oiseaux ;
La déesse aux cent bouches, dis-je,
Ayant mis partout la terreur
En publiant l'édit du nouvel Empereur,
Les animaux, et toute espèce lige
De son seul appétit, crurent que cette fois
Il fallait subir d'autres lois.
On s'assemble au désert. Tous quittent leur tanière.
Après divers avis, on résout, on conclut
D'envoyer hommage et tribut.
Pour l'hommage et pour la manière,
Le singe en fut chargé : l'on lui mit par écrit
Ce que l'on voulait qui fût dit.
Le seul tribut les tint en peine.
Car que donner ? il fallait de l'argent.
On en prit d'un prince obligeant,
Qui possédant dans son domaine
Des mines d'or fournit ce qu'on voulut.
Comme il fut question de porter ce tribut,
Le Mulet et l'Ane s'offrirent,
Assistés du Cheval ainsi que du Chameau.
Tous quatre en chemin ils se mirent,
Avec le Singe, Ambassadeur nouveau.
La caravane enfin rencontre en un passage
Monseigneur le Lion. Cela ne leur plut point.
Nous nous rencontrons tout à point,
Dit-il, et nous voici compagnons de voyage.
J'allais offrir mon fait à part ;
Mais bien qu'il soit léger, tout fardeau m'embarrasse.
Obligez-moi de me faire la grâce
Que d'en porter chacun un quart.
Ce ne vous sera pas une charge trop grande ;
Et j'en serai plus libre, et bien plus en état,
En cas que les voleurs attaquent notre bande,
Et que l'on en vienne au combat.
Econduire un lion rarement se pratique.
Le voilà donc admis, soulagé, bien reçu,
Et, malgré le héros de Jupiter issu,
Faisant chère et vivant sur la bourse publique.
Ils arrivèrent dans un pré
Tout bordé de ruisseaux, de fleurs tout diapré,
Où maint mouton cherchait sa vie :
Séjour du frais, véritable patrie
Des Zéphirs. Le lion n'y fut pas, qu'à ces Gens
Il se plaignit d'être malade.
Continuez votre ambassade,
Dit-il ; je sens un feu qui me brûle au dedans,
Et veux ici chercher quelque herbe salutaire.
Pour vous, ne perdez point de temps :
Rendez-moi mon argent ; j'en puis avoir affaire.
On déballe ; et d'abord le lion s'écria
D'un ton qui témoignait sa joie :
Que de filles, ô Dieux, mes pièces de monnoie
Ont produites ! Voyez : la plupart sont déjà
Aussi grandes que leurs mères.
Le croît m'en appartient. Il prit tout là-dessus ;
Ou bien s'il ne prît tout, il n'en demeura guères.
Le Singe et les Sommiers confus,
Sans oser répliquer en chemin se remirent.
Au fils de Jupiter on dit qu'ils se plaignirent,
Et n'en eurent point de raison.
Qu'eût-il fait ? C'eût été lion contre lion ;
Et le proverbe dit : Corsaires à Corsaires,
L'un l'autre s'attaquant, ne font pas leurs affaires.



