Le LEM - Gant Transistoc’h
26 mn 51 sec 16 Genver 2026
Le site internet pour tout savoir des hermelles
Crédits photos : Jade Burdallet et Olivier Dugornay (Ifremer) CC BY 4.0 via Wikimedia commons
Vous avez peut-être déjà croisé sans y prendre garde les bioconstructions de Sabellaria alveolata, alias l'hermelle. Pour Stanislas Dubois, chercheur en écologie marine à l'Ifremer, c'est une compagnie quotidienne et un objet d'étude depuis de nombreuses années.
Au départ, il y a un ver marin de trois centimètres qui vit implanté une fois pour toutes dans le tube qu'il s'est construit pour s'abriter, avec ses congénères, jusqu'à former d'immenses récifs. Le plus spectaculaire se trouve en baie du Mont Saint-Michel : une centaine d'hectares pour le récif de Sainte-Anne, la plus grande construction animale d'Europe ! Il y en a bien d'autres le long des côtes Atlantiques ou de la Manche. Souvent, on ne remarque pas les récifs, car ils ne sont visibles qu'à marée basse. Elles ont recouvert des rochers, parfois des huitres, et il peut y avoir des générations d'hermelles empilées les unes sur les autres.
Le corps du ver se découpe en trois parties : la tête avec une sorte de couronne-plateau qui peut fermer son tube, en particulier à marée basse pour conserver l'eau. Sa "chevelure" de tentacules d'un centimètre environ lui permet d'attraper toutes les particules en suspension dans l'eau : sa nourriture (le plancton végétal) et le sable dont il se sert pour construire son tube. La bouche est cernée de palpes qui mesurent justement les particules pour en évaluer la qualité. Ce sont aussi ces palpes qui disposent les grains de sables retenus, assemblés avec la colle que produit le ver.
Le thorax est constitué de pieds griffus qui permettent au ver de se déplacer le long de son tube, lequel peut mesurer plusieurs dizaines de centimètres.
L'abdomen est composé d'anneaux qui abritent les organes et le boyau d'évacuation des excréments remonte le long de cet abdomen pour être dirigé vers le haut du tube, seule issue possible pour les déjections.
Les tubes sont construits toute la vie de l'hermelle, dans la mesure où le sable en suspension est suffisant.
Les gamètes sont expulsés du tube par le mâle et la femelle (c'est une espèce dont les sexes sont séparés) et fusionnent dans l'eau, donnant en quelques heures une larve qui, au bout de trois ou quatre semaines, sera suffisamment développée pour pouvoir se fixer en zone benthique (au fond de la mer). Elle est alors capable de détecter le signal chimique de la colle produite par les autres hermelles adultes et elle peut s'installer près d'elles, voire par-dessus les tubes de ses prédécesseurs. L'installation est une compétition et si le tube d'une hermelle est bouché par une autre, elle ne survivra pas.
Le récif grandit ainsi au fil des générations, certains blocs cassent et roulent au sol ce qui permet d'étendre le récif en surface.
La recherche s'intéresse à Sabellaria alveolata pour sa fonction écologique (en plus du patrimoine biologique qu'elle constitue) : préservation de la biodiversité (des espèces vivent dans les récifs, parfois même dans des poches d'air qui se maintiennent même quand la mer recouvre le récif), protection de la côte contre l'érosion, filtration de l'eau.
Vous aussi, vous pouvez plonger dans le monde des hermelles, apprendre à les reconnaître et à les signaler aux scientifiques. Explorer un récif d'hermelles en réalité virtuelle (par ordinateur uniquement).



