Dans la fable suivante, un berger mène une existence paisible, vivant simplement des revenus de son troupeau. Sa fortune est modeste, mais stable, et il ne manque de rien. Un jour, il découvre des trésors échoués sur la plage. Séduit par l’idée de s’enrichir rapidement, il vend son troupeau et investit tout son argent dans le commerce maritime.
Il achète un navire, mais celui-ci coule, emportant avec lui tous ses rêves de richesse. Ruiné, il doit se résoudre à redevenir berger, non plus comme maître, mais comme simple salarié au service d’autrui.
Avec le temps cependant, il parvient à économiser un peu et rachète quelques bêtes. Un matin, alors que la mer est calme et que des navires chargés de marchandises accostent, il y voit comme une invitation à tenter à nouveau sa chance. Mais le berger, désormais plus sage, répond simplement : « Vous voulez de l’argent ? Allez le chercher ailleurs : vous n’aurez plus le mien ! »
Cette fable est l’histoire d’un homme qui, en quête de fortune, abandonne une situation modeste mais sûre pour se lancer dans une aventure risquée… et en paie le prix. Elle nous rappelle une leçon intemporelle : mieux vaut une petite sécurité qu’un grand espoir incertain. Un tien vaut mieux que deux tu l'auras.
Le Berger et la Mer
Du rapport d'un troupeau dont il vivait sans soins,
Se contenta longtemps un voisin d'Amphitrite :
Si sa fortune était petite,
Elle était sûre tout au moins.
A la fin, les trésors déchargés sur la plage
Le tentèrent si bien qu'il vendit son troupeau,
Trafiqua de l'argent, le mit entier sur l'eau.
Cet argent périt par naufrage.
Son maître fut réduit à garder les brebis,
Non plus berger en chef comme il était jadis,
Quand ses propres moutons paissaient sur le rivage:
Celui qui s'était vu Coridon ou Tircis
Fut Pierrot et rien davantage.
Au bout de quelque temps, il fit quelques profits,
Racheta des bêtes à laine ;
Et comme un jour les vents retenant leur haleine
Laissaient paisiblement aborder les vaisseaux :
Vous voulez de l'argent, ô Mesdames les Eaux,
Dit-il, adressez-vous, je vous prie, à quelque autre:
Ma foi, vous n'aurez pas le nôtre.
Ceci n'est pas un conte à plaisir inventé.
Je me sers de la vérité
Pour montrer par expérience,
Qu'un sou quand il est assuré
Vaut mieux que cinq en espérance ;
Qu'il se faut contenter de sa condition ;
Qu'aux conseils de la mer et de l'ambition
Nous devons fermer les oreilles.
Pour un qui s'en louera, dix mille s'en plaindront.
La mer promet monts et merveilles :
Fiez-vous y, les vents et les voleurs viendront.


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