La fontaine à fables - Par Plum'FM
4 min 34 sec 16 septembre 2026
Une fable, c'est une histoire courte qui vise à instruire le lecteur tout en le distrayant.
Une alouette a fait son nid dans un champ de blé encore vert. Quand les blés mûrissent, ses petits ne sont pas encore capables de voler. Elle leur recommande donc d’écouter ce que dira le propriétaire du champ pour savoir quand il faudra fuir.
Un jour, le maître demande à son fils d’aller chercher des amis pour l’aider à moissonner. L’alouette, en revenant, rassure ses petits : tant qu’il compte sur les autres, il n’y a rien à craindre.
Le lendemain, le maître, voyant que les amis ne sont pas venus, demande d’aller chercher des parents. L’alouette reste encore tranquille : même les parents ne sont pas une garantie.
Le troisième jour, le maître comprend enfin qu’il ne doit compter que sur lui-même. Il décide de moissonner avec sa propre famille dès le lendemain. Cette fois, l’alouette dit à ses petits qu’il faut partir immédiatement. Ils s’envolent tous et quittent le champ.
La fable commencera par ces mots : « Ne t’attends qu’à toi seul ». En effet, Il ne faut pas compter sur les autres pour accomplir ce qui dépend de nous. Tant que le maître s’en remettait à ses amis ou à ses parents, rien n’avançait. Le danger n’est devenu réel que lorsqu’il a décidé d’agir lui-même.
La Fontaine nous enseigne qu’il est souvent plus sûr et plus efficace de ne compter que sur ses propres forces et ressources, plutôt que de dépendre des promesses ou de l’aide des autres, qui peuvent faire défaut. Autrement dit : la vraie efficacité commence quand on prend les choses en main.
L'Alouette et ses petits, avec le maître d'un champ
Ne t'attends qu'à toi seul : c'est un commun proverbe.
Voici comme Esope le mit
En crédit :
Les alouettes font leur nid
Dans les blés, quand ils sont en herbe,
C'est-à-dire environ le temps
Que tout aime et que tout pullule dans le monde ,
Monstres marins au fond de l'onde,
Tigres dans les forêts, alouettes aux champs.
Une pourtant de ces dernières
Avait laissé passer la moitié d'un printemps
Sans goûter le plaisir des amours printanières.
À toute force enfin elle se résolut
D'imiter la nature, et d'être mère encore.
Elle bâtit un nid, pond, couve et fait éclore,
A la hâte : le tout alla du mieux qu'il put.
Les blés d'alentour mûrs avant que la nitée
Se trouvât assez forte encor
Pour voler et prendre l'essor,
De mille soins divers l'alouette agitée
S'en va chercher pâture, avertit ses enfants
D'être toujours au guet et faire sentinelle.
«Si le possesseur de ces champs
Vient avecque son fils (comme il viendra) , dit-elle,
Ecoutez bien : selon ce qu'il dira
Chacun de nous décampera.»
Sitôt que l'alouette eût quitté sa famille
Le possesseur du champ vient avecque son fils.
« Ces blés sont mûrs, dit-il, allez chez nos amis
Les prier que chacun, apportant sa faucille,
Nous vienne aider demain dès la pointe du jour.»
Notre alouette de retour
Trouve en alarme sa couvée.
L'un commence : « Il a dit que, l'aurore levée,
L'on fît venir demain ses amis pour l'aider....
- S'il n'a dit que cela, repartit l'alouette,
Rien ne nous presse encor de changer de retraite ;
Mais c'est demain qu'il faut tout de bon écouter.
Cependant soyez gais; voilà de quoi manger.»
Eux repus, tout s'endort, les petits et la mère.
L'aube du jour arrive, et d'amis point du tout.
L'alouette à l'essor, le maître s'en vient faire
Sa ronde ainsi qu'à l'ordinaire.
«Ces blés ne devraient pas, dit-il, être debout.
Nos amis ont grand tort, et tort qui se repose
Sur de tels paresseux, à servir ainsi lents.
Mon fils, allez chez nos parents
Les prier de la même chose.»
L'épouvante est au nid plus forte que jamais.
« Il a dit ses parents, mère, c'est à cette heure...
Non, mes enfants ; dormez en paix :
Ne bougeons de notre demeure.»
L'alouette eut raison, car personne ne vint.
Pour la troisième fois, le maître se souvint
De visiter ses blés. «Notre erreur est extrême,
Dit-il,de nous attendre à d'autres gens que nous.
Il n'est meilleur ami ni parent que soi-même.
Retenez bien cela, mon fils. Et savez-vous
Ce qu'il faut faire ? Il faut qu'avec notre famille
Nous prenions dès demain chacun une faucille :
C'est là notre plus court; et nous achèverons
Notre moisson quand nous pourrons.»
Dès lors que ce dessein fut su de l'alouette :
«C'est ce coup qu'il est bon de partir, mes enfants.»
Et les petits, en même temps,
Voletants, se culebutants,
Délogèrent tous sans trompette.



