BOA logo

Le jardinier et son seigneur

La fontaine à fables - Par Plum'FM

4 min 19 sec 11 March 2026

Dans cet épisode
on discute :

Émissions culturelles

Un jardinier, propriétaire d’un petit potager bien entretenu, se plaint à son seigneur qu’un lièvre ravage ses légumes. Le seigneur, sûr de lui, promet de chasser le lièvre dès le lendemain avec ses chiens et ses hommes. Le jour venu, le seigneur et sa suite envahissent le jardin : ils déjeunent copieusement aux frais du jardinier, boivent son vin, courtisent sa fille, et finissent par saccager le potager et la haie en poursuivant le lièvre, qui s’échappe par un trou. Le jardinier, impuissant, constate que les dégâts causés par les chasseurs en une heure surpassent ceux que cent lièvres auraient pu faire en cent ans.

La fable met en garde contre l’intervention des puissants dans les affaires des plus modestes. Elle illustre que les « grands » (rois, seigneurs) peuvent causer plus de mal que de bien lorsqu’ils s’immiscent dans les conflits ou les affaires des petits, et qu’il vaut mieux régler ses problèmes entre égaux plutôt que de faire appel à eux. Est ce que cette fable est toujours d'actualité ? je vous laisse y réfléchir...

Le jardinier et son seigneur

Un amateur du jardinage,
Demi-bourgeois, demi-manant,
Possédait en certain Village
Un jardin assez propre, et le clos attenant.
Il avait de plant vif fermé cette étendue.
Là croissait à plaisir l'oseille et la laitue,
De quoi faire à Margot pour sa fête un bouquet,
Peu de jasmin d'Espagne, et force serpolet.
Cette félicité par un Lièvre troublée
Fit qu'au Seigneur du Bourg notre homme se plaignit.
« Ce maudit animal vient prendre sa goulée
Soir et matin, dit-il, et des pièges se rit ;
Les pierres, les bâtons y perdent leur crédit :
Il est Sorcier, je crois. -Sorcier ? je l'en défie,
Repartit le Seigneur . Fût-il diable, Miraut,
En dépit de ses tours, l'attrapera bientôt.
Je vous en déferai, bon homme, sur ma vie.
- Et quand ? - Et dès demain, sans tarder plus longtemps ».
La partie ainsi faite, il vient avec ses gens.
« Çà, déjeunons, dit-il : vos poulets sont-ils tendres ?
La fille du logis, qu'on vous voie, approchez :
Quand la marierons-nous ? quand aurons-nous des gendres ?
Bon homme, c'est ce coup qu'il faut, vous m'entendez
Qu'il faut fouiller à l'escarcelle ».
Disant ces mots, il fait connaissance avec elle,
Auprès de lui la fait asseoir,
Prend une main, un bras, lève un coin du mouchoir,
Toutes sottises dont la Belle
Se défend avec grand respect ;
Tant qu'au père à la fin cela devient suspect.
Cependant on fricasse, on se rue en cuisine.
« De quand sont vos jambons ? ils ont fort bonne mine.
- Monsieur, ils sont à vous. - Vraiment ! dit le Seigneur
Je les reçois, et de bon cœur ».
Il déjeune très bien ; aussi fait sa famille,
Chiens, chevaux, et valets, tous gens bien endentés :
Il commande chez l'hôte, y prend des libertés,
Boit son vin, caresse sa fille.
L'embarras des chasseurs succède au déjeuné.
Chacun s'anime et se prépare :
Les trompes et les cors font un tel tintamarre
Que le bon homme est étonné.
Le pis fut que l'on mit en piteux équipage
Le pauvre potager ; adieu planches, carreaux ;
Adieu chicorée et poireaux ;
Adieu de quoi mettre au potage.
Le Lièvre était gîté dessous un maître chou.
On le quête ; on le lance, il s'enfuit par un trou,
Non pas trou, mais trouée, horrible et large plaie
Que l'on fit à la pauvre haie
Par ordre du Seigneur ; car il eût été mal
Qu'on n'eût pu du jardin sortir tout à cheval.
Le bon homme disait : « Ce sont là jeux de Prince ».
Mais on le laissait dire ; et les chiens et les gens
Firent plus de dégât en une heure de temps
Que n'en auraient fait en cent ans
Tous les lièvres de la Province.
Petits Princes, videz vos débats entre vous :
De recourir aux rois vous seriez de grands fous.
Il ne les faut jamais engager dans vos guerres,
Ni les faire entrer sur vos terres.

Cofinancé par
Logo BOA
Logo BOA
Radio BOA
3 rue de Pont-Aven
29300 Quimperlé, Bretagne, France
Mentions légales -

Ce site n'utilise pas de cookies

- Propulsé par Lumy © 2026 Radio BOA