Ici, on nous parle d'un lion, autrefois puissant et redouté, qui est désormais vieux et affaibli. Ses anciens sujets, qui le craignaient, profitent de sa faiblesse pour l’attaquer : le cheval lui donne un coup de pied, le loup le mord, le bœuf le frappe de ses cornes.
Le lion, résigné, accepte son sort sans se plaindre. Mais quand l’âne ose à son tour venir l’insulter et le frapper, le lion s’indigne : mourir des coups des puissants, passe encore ; mais subir l’affront d’un animal aussi méprisable, c’est une humiliation insupportable.
Quand la puissance décline, même les plus faibles osent attaquer. La Fontaine montre que la gloire et la force ne durent pas : le puissant d’hier peut devenir la proie de tous. Mais il souligne aussi que l’humiliation vient moins des coups des forts que de l’audace des médiocres : être offensé par un âne est pire que la mort. La Fontaine dénonce ainsi la bassesse humaine des faibles qui n’osent s’en prendre aux puissants que lorsqu’ils sont à terre.
Le Lion devenu vieux
Le Lion, terreur des forêts,
Chargé d'ans, et pleurant son antique prouesse,
Fut enfin attaqué par ses propres sujets
Devenu forts par sa faiblesse.
Le Cheval s'approchant lui donne un coup de pied,
Le Loup, un coup de dent ; le Bœuf, un coup de corne.
Le malheureux Lion, languissant, triste, et morne,
Peut à peine rugir, par l'âge estropié.
Il attend son destin, sans faire aucunes plaintes,
Quand, voyant l'Âne même à son antre accourir :
Ah ! c'est trop, lui dit-il, je voulais bien mourir ;
Mais c'est mourir deux fois que souffrir tes atteintes.



