Dans une ménagerie vivent un cygne et un oison (c'est à dire une jeune oie). Le cygne est gardé pour sa beauté et son chant, l’oison pour être mangé évidemment. Un jour, le cuisinier, un peu ivre, confond le cygne avec l’oison et s’apprête à l’égorger pour en faire un potage. Le cygne, prêt à mourir, se met à chanter. Surpris, le cuisinier reconnaît son erreur et décide de l’épargner car il considère qu'un tel chanteur ne mérite pas de finir en soupe.
Le chant du cygne illustre le pouvoir du langage, de l’art et de la beauté : ils peuvent émouvoir, convaincre et protéger. La Fontaine nous rappelle que la voix, le talent ou l’éloquence sont des armes aussi efficaces que la force. Cette fable oppose également deux destins : l’oison voué à la consommation, et le cygne sauvé par son chant. La valeur d’un être ne réside pas forcément dans son utilité matérielle, mais également dans ses qualités immatérielles (beauté, art, langage ou d'autres selon les situations).
Le Cygne et le Cuisinier
Dans une ménagerie
De volatiles remplie
Vivaient le Cygne et l'Oison :
Celui-là destiné pour les regards du Maître,
Celui-ci pour son goût ; l'un qui se piquait d'être
Commensal du jardin, l'autre de la maison.
Des fossés du château faisant leurs galeries,
Tantôt on les eût vus côte à côte nager,
Tantôt courir sur l'onde, et tantôt se plonger,
Sans pouvoir satisfaire à leurs vaines envies.
Un jour le Cuisinier, ayant trop bu d'un coup ,
Prit pour Oison le Cygne; et le tenant au cou,
Il allait l'égorger, puis le mettre en potage.
L'Oiseau, prêt à mourir, se plaint en son ramage.
Le Cuisinier fut fort surpris,
Et vit bien qu'il s'était mépris.
Quoi ? je mettrais, dit-il, un tel Chanteur en soupe !
Non, non, ne plaise aux Dieux que jamais ma main coupe
La gorge à qui s'en sert si bien.
Ainsi dans les dangers qui nous suivent en croupe
Le doux parler ne nuit de rien.



